Chronique de Nuremberg
Illustrations géographiques
LA CHRONIQUE DE NUREMBERG est devenue célèbre pour ses nombreuses représentations de villes dont un bon nombre s’étalent en doubles pages ; certaines d’entre elles étant tirées à part pour être vendues séparément. Dans le Liber Chronicarum, on trouve 75 représentations de villes en 600 pages complétées de descriptions qui en font un véritable atlas avant l’heure.
La structure chronologique par âges inclut des représentations iconographiques de villes et leur description textuelle au cours des différents âges. Dans le Liber Chronicarum, ces représentations iconographiques sont réelles ou imaginaires.
Les représentations imaginaires sont systématiquement des vignettes réalisées sur une demi-page, figurées dans un cadre très resserré, intra-muros, qui ne permet pas d’appréhender et d’identifier le contexte topographique, ce qui, de fait, facilite le réemploi et dont le bois a pu être réutilisé à différentes reprises dans l’ouvrage. Ces bois ont été remployés plusieurs fois pour représenter différentes villes – voire des régions – sans logique apparente (on trouve ainsi des bâtiments chrétiens dans les villes orientales). Ainsi le bois utilisé pour illustrer l’Espagne a également été utilisé pour illustrer des chapitres consacrés aux villes de Damas, Naples, Pérouse, Vérone, Sienne, Mantoue, Ferrare, Macédoine voire la Hesse.
Une description textuelle vient compléter la description iconographique pour former une image complète de la ville, en apportant des éléments qui ne peuvent pas toujours être reproduits, comme l’étymologie du nom de la ville, des faits culturels, l’illustre fondateur… La description textuelle reprend systématiquement deux éléments dans une dimension laudative : la renommée de la ville et sa situation géographique. Le propos descriptif peut évoquer de manière variable diverses thématiques : la ville, l’histoire, le pouvoir épiscopal, le pouvoir impérial, la géographie, l’actualité politique et les institutions. Certains éléments peuvent apparaître de manière régulière, comme par exemple des éléments historiques, étymologiques ou relatifs aux monuments.
Dans le Liber Chronicarum, on a donc pour chaque ville et afin d’en faire l’éloge, une combinaison indissociable de texte et d’image : l’image souligne le site, la beauté et les monuments de la ville, ainsi que ses activités ; le texte, quant à lui, décrit la situation de la ville, son histoire, ses qualités et ses vertus, et précise sa description.
La centralité de Nuremberg
Hartmann Schedel, nurembergeois comme ses commanditaires, va insister sur l’importance et la renommée de sa cité, à la fois comme ville impériale, place commerçante et cité d’art et d’architecture en faisant la ville de référence de l’Empire.
La chronique est en effet centrée sur Nuremberg, capitale de la Franconie et sur le sud de l’Empire romain germanique avec une surreprésentation des grandes villes d’Italie septentrionale et une sous-représentation des villes flamandes ou de la Ligue hanséatique. Trente-quatre villes représentées sont ainsi située à moins de 500 kilomètres de Nuremberg voire moins. L’absence de Francfort souligne l’entreprise politique consistant à placer Nuremberg au somme de la hiérarchie urbaine impériale. La vue de Nuremberg la seule de l’ouvrage à être constituée d’une double page complète dans laquelle il est facile de reconnaître les principaux édifices de la ville.
L’exemple de Strasbourg
« Strasbourg, cette ville ancienne et puissante, située près des Suisses sur le Rhin, était d’abord sous la domination de Trèves, la capitale des Pays-Bas, a été fondée à l’époque d’Abraham. L’empereur Jules (Jules César), avait conquis toute la Suisse et les régions avoisinantes et placé une Chambre des Romains dans la même ville afin de collecter le tribut, les intérêts ou l’impôt. D’où le nom de cette ville : Argentina. Ce qui signifie quelque chose comme “mine d’argent”. Mais quand Attila, le Hun, a plus tard attaqué les terres illyriennes avec son armée vers le Nord, puis a rapidement traversé presque toute l’Allemagne et détruit toutes les villes et les châteaux, il est finalement arrivé au Royaume de Constance, près de Bâle, où le roi Sigmund, Prince du même pays, lui fit face avec une grande armée. Mais il fut battu par Attila après la fuite de toute son armée. C’est ainsi qu’Attila poursuivit sa route jusqu’à la ville fortifiée de Strasbourg qu’il assiégea et prit (ce qu’aucun empereur romain n’avait pu réaliser) et dont il abattit les murs en de nombreux endroits afin que beaucoup puissent facilement trouver leur chemin et leur ouvrir facilement l’accès à la ville. Et Attila donna l’ordre explicite que le mur ne soit pas reconstruit de son vivant. La même ville ne devait plus être appelée Argentina ou toute autre déclinaison de ce nom, mais en raison des nombreuses possibilités d’accès et des routes qui traversaient le mur, Strasbourg. Après un certain temps, les rois de France ayant pris l’ascendant sur les Suisses, prirent possession de cette ville et y établirent des ducs. Ainsi, le père de Saint-Ottilie possédait le duché non seulement sur la ville, mais aussi sur le pays et a construit entre autres Hohenburg. C’est ainsi qu’Albertus, son fils et ses descendants ont régné après lui. Cette ville a ensuite pris son indépendance des empereurs romains, est devenue directement ville d’Empire, a adopté la bonne foi chrétienne grâce à saint Materne, qui fut envoyé par saint Pierre aux villes rhénanes.
Selon le propre vœu et du fait de la volonté et de l’excellence des citoyens, cette ville a construit une très grande maison de Dieu avec en particulier une tour d’une beauté inhabituelle d’une hauteur spéciale et a rassemblé la noblesse des châteaux et des villes à proximité en grande harmonie. Il y a également (à Strasbourg) un important évêché, que les princes ont également présidé. Outre le Rhin, la ville possède deux autres fleuves navigables qui se jettent dans le Rhin. » (Traduction E. Grosjean).