Chronique de Nuremberg
La Weltchronik, une entreprise éditoriale d’envergure
LA FAMEUSE WELTCHRONIK (Liber chronicarum cum figuris et ymaginibus ab inicio mundi) occupe une place majeure parmi les premiers ouvrages imprimés. Aucun incunable n’a bénéficié d’une illustration aussi riche, et aucun projet éditorial de l’époque n’a été aussi ambitieux. À la tête du groupe d’humanistes à l’origine de cet ouvrage on trouve Hartmann Schedel (1440-1514), médecin, polygraphe et membre du Conseil de la ville, qui puisa dans sa vaste bibliothèque les sources nécessaires à son élaboration. Commandé par deux marchands de Nuremberg, Sebald Schreyer (1446-1520) et Sebastian Kammermeister (1446-1503), fidèle à son plan initial, le Livre des chroniques, avec mille huit cents bois gravés spectaculaires, constitue une réalisation sans précédent dans l’histoire de l’imprimerie, comme le souligna un auteur de renom.
Plus connu sous le nom de Chronique de Nuremberg, ce livre résulte d’une collaboration entre érudits, artistes, entrepreneurs et financiers de cette puissante cité franconienne, berceau de l’humanisme allemand et carrefour des grandes routes commerciales européennes. De nombreux documents, tels que des contrats, des épreuves et des esquisses, témoignent du soin apporté à sa réalisation. Dès sa parution, l’ouvrage suscita une immense admiration, et aucun imprimé de la Renaissance n’a survécu en aussi grand nombre : environ mille sept cents exemplaires sont recensés aujourd’hui.
Le récit s’étend de la Création au Jugement dernier, adoptant la structure augustinienne des six âges du monde, commune aux historiens médiévaux. Il s’inspire de chroniques populaires imprimées, telles que celles de Werner Rolevinck (1425-1502) et de Jacopo Filippo Foresti (1434-1520), dont le format alternant courts articles, cartes et illustrations marqua profondément la mise en page de l’ouvrage. Scènes bibliques, portraits et panoramas urbains rythment l’ensemble, conférant au texte un attrait visuel inédit dans l’univers typographique.
Imprimé en deux versions, latine et allemande, l’ouvrage fut tiré à environ deux mille exemplaires et diffusé dans toute l’Europe. Sa production fut assurée par les presses de Koberger (1440 -1513), alors le plus grand imprimeur de son époque, en collaboration avec Anton Schedel et Sebastian Kammermeister (1446-1503). Le groupe d’artistes, dirigé par Michael Wolgemut (1434– 1519), qui tenait un atelier renommé depuis le milieu des années 1480, comptait également Wilhelm Pleydenwurff (1460-1494). Pour la première fois, les illustrateurs furent explicitement mentionnés dans le colophon de l’imprimé, soulignant ainsi l’importance de Nuremberg sur la scène européenne et offrant une représentation inédite de la ville en 1487 et 1491.
Le travail de gravure atteint un niveau exceptionnel tant sur le plan artistique que technique, reflétant la vision du monde des élites urbaines de la Renaissance germanique.Le Livre des Chroniques, publié en 1491, peut être considéré comme le premier « best-seller moderne ». Dans ce chantier des gravures, le rôle d’Albrecht Dürer reste un sujet de controverse même si les faits tendent à confirmer sa participation : orfèvre de formation, le filleul de Koberger (lui-même ancien orfèvre), alors apprenti dans l’atelier de Wolgemut, s’est formé à la peinture et la gravure entre 1486 et 1489 soit pendant la phase de gestation de l’œuvre.