Chronique de Nuremberg

Tous les chemins mènent à Nuremberg

À L’ÉPOQUE D’ALBRECHT DÜRER, Nuremberg est un carrefour économique stratégique au confluent de douze grandes routes commerciales traversant l’Europe, sa prospérité économique s’intègre dans un vaste réseau d’échanges qui s’étend du Danemark aux confins de l’Écosse au nord, des Flandres et de Paris à l’ouest, de la Catalogne à Rome et aux rives de la Méditerranée au sud, et des Balkans à Dantzig en passant par le royaume de Hongrie à l’est.

Centre commercial européen

Au début du XVIᵉ siècle, les grandes familles marchandes de Nuremberg aux côtés de celles d’Augsbourg, détiennent le monopole du principal comptoir commercial germanique, le Fondaco dei Tedeschi à Venise. Conformément au règlement, ils président officiellement les repas communs réunissant leurs homologues de Cologne, Bâle, Strasbourg, Francfort et Lübeck. Comme dans les grandes villes marchandes de Rhénanie et de la Hanse, leur présence à Venise favorise d’importants flux de capitaux, alimentés par le commerce de matières premières en provenance des régions nordiques. En retour, ils importent des marchandises du monde entier, notamment des épices, ainsi que de la soie et du coton.

Ces familles constituent un trait d’union entre le monde germanique et l’Italie du Nord au même titre que la mobilité des étudiants et des humanistes. Etoffes luxueuses et livres imprimés s’invitent dans les familles patriciennes nurembergeoises à l’image de Sebald Schreyer marchand de fourures et bibliophile.

Centre typographique européen

Les marchands de Nuremberg ne se contentent pas de collectionner les livres, ils investissent également dans d’importants projets d’édition, contribuant ainsi à faire de la ville l’un des principaux centres de production du livre imprimé dès les années 1490. Sous la direction d’Anton Koberger, le mentor d’Albrecht Dürer, dont l’imprimerie emploie plus d’une centaine d’apprentis et vingt-quatre presses typographiques, le secteur de l’édition se spécialise dans la réalisation d’ouvrages de luxe, richement illustrés. Anton Koberger s’appuie sur un réseau de marchands ambulants et de succursales qu’il a ouvertes à Breslau, Cracovie, Vienne, Venise, Milan, Paris et Lyon.

Le rayonnement de Nuremberg fera dire à Jean Cochlaeus en 1512 que « Le génie des artistes [de Nuremberg] suscite l’admiration non seulement des Allemands, mais aussi des Italiens et des Français, et même des lointains Espagnols, qui sont nombreux à venir les voir. Les œuvres mêmes témoignent de cette admiration ; elles sont envoyées très loin. Il y a même des représentations de la Passion du Christ qu’Albrecht Dürer a dessinées, à la perspective si juste, que des marchands de toute l’Europe les achètent pour les vendre comme modèles à leurs peintres. »